Elle lui a dit d’aller la retrouver là-bas sur la falaise. Alors elle y est allée. Dans les fracas et dans la brume. Sous la tempête. Elle a gravi la colline en titubant, balayée par le vent, les cheveux qui lui fouettaient le visage et les pieds qui glissaient sous les graviers humides. Elle s’est souvenue que c’était ici qu’elles se retrouvaient lorsqu’elles étaient petites. Tous les souvenirs, les jeux, les confidences qu’elles avaient partagés ensemble.
Toutes les comptines et les joies et les peines.
En grandissant, ce lieu de rendez-vous, à la pointe de l’île, était devenu son refuge. C’est là qu’elle avait regardé le bateau de celui qu’elle aimait partir, tanguer, s’éloigner au loin, s’effacer dans l’horizon. Elle avait scruté cette tâche sombre comme un point d’encre noire qui se dilue progressivement dans l’eau.
C’est aussi là qu’elle était venue pour attendre son retour.
Il n’était jamais revenu.
Elle est restée comme ça longtemps, longtemps, pensive et trempée. Elle avait froid.
Soudain le vent s’est levé et s’est mis à souffler encore plus fort, repoussant au loin un épais nuage sombre. Le soleil est enfin apparu. Le ciel s’est dégagé d’un coup, laissant place à une lumière iridescente et impériale. Un ciel habité d’un bleu pur et sans nuage.
Elle s’est sentie empreinte d’un espoir et d’une légèreté nouvelle.
Son amie est arrivée dans un rayon de soleil, habillée d’un ciré jaune et de bottes de pluie. D’un éclat de rire, elles se sont serrées et embrassées.
La journée pouvait commencer.
Texte et modèle, Magali An Berthon



